jeudi 25 juin 2009

En vacances !


A partir de ce jeudi 25 iuin et jusqu'au 20 juillet,
nos blogs tourneront au ralenti.

Il se peut que nous ajoutions de temps en temps des messages
mais ce ne sera pas régulier.

Cela vous permettra, à vous comme à nous,
de savourer à fond les beaux jours et les loisirs d'extérieur.

Passez de merveilleuses vacances.
Profitez de ces deux mois d'été et de votre petite famille,
faites provision de lumière et de soleil en prévision du prochain hiver
et si vous vous partez sur les routes, soyez prudents,
ne vous pressez pas, vivez au ralenti !!...

Gros bisous à tous et à bientôt !

Aby et Mélusine

mercredi 24 juin 2009

Les voix de Jeanne d'Arc

L'histoire nous donne peu de récits aussi étonnants que celui de Jeanne d'Arc, connue sous le nom de Pucelle d'Orléans. En 1429, à un moment où les chances de la France durant la guerre de Cent Ans avec l'Angleterre étaient au plus bas, une petite paysanne illettrée, visitée par des anges, parvint à être présentée au roi Charles VII. En l'espace de quelques jours, elle le persuada qu'elle pourrait remonter le moral de ses troupes désespérées. Envoyée à Orléans, alors assiégée par les Anglais, Jeanne parvint à libérer la ville et à repousser l'armée des assaillants en neuf jours à peine. Elle tint ensuite sa promesse d'emmener le roi à Reims en traversant un territoire sous l'emprise de l'ennemi, pour l'y faire sacrer, événement qui avait été retardé pendant plus de six ans à cause de l'occupation anglaise. Peu après, Jeanne tomba aux mains des ennemis et fut accusée d'hérésie et de sorcellerie. Condamnée par les évêques français de connivence avec les Anglais, elle fut brûlée sur un bûcher à Rouen en 1431. Elle n'avait pas vingt ans. Les accusations contre Jeanne furent révoquées après sa mort ; elle fut réhabilitée en 1456 et canonisée par l'Église en 1920.
Le don prophétique de Jeanne prenait la forme de voix qu'elle entendit pour la première fois à l'âge de treize ans. Elles appartenaient à saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite – les trois saints patrons de Domrémy. Les voix lui disaient d'aller voir le roi et de lui proposer ses services – tâche ardue dans la France de l'époque déchirée par la guerre. Le simple fait d'avoir persuadé le commandant militaire local de l'y envoyer, déguisée en homme, avec une escorte et une recommandation à l'intention de Charles VII tenait déjà presque du miracle.
Plusieurs épisodes de l'histoire de Jeanne suggèrent qu'elle avait le don de voyance. La première fois qu'elle entra en présence du roi, celui-ci s'était dissimulé parmi ses courtisans pour tester les pouvoirs de Jeanne ; pourtant, elle se dirigea vers lui sans hésitation. On dit également qu'elle reçut son épée de bataille à la suite d'une vision – ses voix lui commandaient d'envoyer un message aux autorités ecclésiastiques du village de Fierbois, leur conseillant de regarder sous l'autel. Comme elle l'avait prédit, ils trouvèrent une lame rouillée dans un coffre ancien. Une fois polie, l'épée devint l'arme avec laquelle Jeanne entraînait se troupes au combat. On dit aussi que Jeanne annonça une défaite française à 300 km de là et ce, deux jours avant que la nouvelle arrive.
À son procès, on demanda à Jeanne d'expliquer pourquoi elle n'avait pas pu prévoir, et ainsi éviter, sa propre capture. Elle répondit que ses voix l'avaient bel et bien prévenue qu'elle serait prise avant le solstice d'été (la date tombait alors à la mi-mai) mais qu'elles avaient refusé de donner le jour exact. Durant son procès, elle continua de prophétiser la victoire finale de la France, insistant sur le fait que les Anglais allaient finalement perdre toutes leurs possessions outre-Manche. Ses déclarations furet dûment confirmées. Toutefois, on pourrait affirmer que, grâce au moral que Jeanne avait insufflé à la nation, cette victoire était en fait la sienne


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1ere image de Jeanne par Ingres
2ème image par Gillot St Evre

mardi 23 juin 2009

La magie de l'image

Le pouvoir de l'image est incontestable ! Voyez combien nous nous laissons influencer par ce que nous voyons : à commencer par le visage de notre voisin/e (entre autres), par la tenue que les gens portent, par l'entrée dans un lieu désordonné ou dans une pièce luxueusement agencée, etc.

L'image éphémère

Cependant, notre voisin/e peut changer d'humeur, les individus renouveler leur tenue et l'aménagement des pièces se transformer. Les impressions que nous avons sont donc fugaces même si leur impact est considérable. Tandis que si en visitant une exposition de photos, vous tombez nez à nez avec le visage d'un enfant seul au milieu d'une scène de guerre ou si, en visitant un musée, vous contemplez un paysage impressionniste, ces images "figées" auront une portée bien plus conséquente sur vous. Alors pourquoi ?


L'image exhibée

Ces images sont la représentation synthétique –voire symbolique- d'un esprit humain. Le peintre ou le photographe, entre autres, fige ses émotions d'un instant en les condensant sur un tableau ou un cliché qui demeurera éternel. D'autre part, une image savamment exposée rayonnera deux fois plus sur son environnement et influera sur l'atmosphère du lieu. Cette relation fascinante de l'image à l'humain a d'ailleurs été sciemment utilisée par les publicitaires qui placardent, sur des panneaux géants, la scène du bonheur obtenu par l'objet que tout individu doit convoiter et… acheter !


L'image sensible

La photographie d'un être humain capture ses vibrations. Il est démontré, en effet, combien il est possible d'agir sur les énergies de photos de femmes, par la méditation et la concentration. Toute autre interaction sur un quelconque personnage est bien évidemment envisageable ; c'est pourquoi, en magie, posséder la photo d'une personne à "manipuler" est souvent nécessaire.


L'image déifiée

Quant aux icônes, elles ont été magnifiées par des hommes manifestant leur foi ; chaque coup de pinceau était la démonstration de l'amour absolu qu'ils vouaient à leur idole, à l'instar de la préciosité de leur geste et du choix des tons rouges et or qui confirmaient leur adoration. Cependant, l'homme fervent ne s'est pas contenté de représenter l'objet de sa foi sur une image plane ; il a sculpté le ou les symboles (par exemple, le totem) de son dieu ou de sa déesse et a introduit, dans son environnement, des statuettes les représentant, devant lesquelles il se recueille, implore leur bénédiction ou leur secours, voire leur générosité.


Le pouvoir de l'image

Toute représentation plane ou en trois dimensions, d'un dieu ou d'une déesse dans un lieu de culte, sur un autel personnel ou dans un coin qui nous est intime, répercute, sur celui qui l'honore ou simplement la possède, des vibrations bonnes ou mauvaises selon les pouvoirs attribués au "fétiche" choisi. Par exemple, avoir chez soi une statue de la Vierge à l'Enfant ou d'une déesse de la maternité favorisera la grossesse.


Cette reproduction du dieu, de la déesse ou de l'être humain de qui l'on cherche à obtenir quelque chose, favorise la concentration et permet une "communication directe" et intense avec celui ou celle à qui l'on s'adresse. C'est pourquoi le sorcier représentera, par une poupée de cire, l'individu sur lequel il doit "travailler"….


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Image : Daniel Maghen


jeudi 18 juin 2009

Prophéties et papauté

Dans l'histoire de la prédilection, les "prophéties" de saint Malachie ont toujours gardé leur caractère curieux. Elles consistent en une liste de 111 courtes épithètes reprenant une caractéristique de chaque pape, à partir de Célestin II, qui occupa la chaire papale de 1143 à 1144.

Saint Malachie, l'auteur présumé, ecclésiastique et réformateur, mourut en 1148. Ami de saint Bernard de Clairvaux, ce fut lui qui introduisit l'ordre cistercien en Irlande.
Il est donc assez étonnant que saint Bernard ne fasse aucune mention des prophéties dans ses écrits biographiques concernant saint Malachie. La première référence que l'on trouve date de 1595, une époque qui connut un engouement certain pour les prophéties papales. Inévitablement, la disparition prolongée de la liste de saint Malachie attira les soupçons et, quelques décennies après sa réapparition, il fut suggéré que la liste était un faux. On émit tout particulièrement l'hypothèse qu'elle avait été créée au moment de l'élection papale de 1590 pour promouvoir un certain cardinal Simoncelli d'Orvieto – dont la devise était la phrase de "Antiquate urbis "de l'antiquité de la cité", Orvieto signifiant en latin "ancienne cité". Toutefois, les défenseurs des prophéties proposèrent une autre explication à leur longue absence, suggérèrent que saint Malachie avait présenté la liste au pape Innocent II lors d'une visite à Rome en 1140, et qu'elle avait simplement été égarée dans les archives du Vatican.

Devises et blasons

L'authenticité de ces documents est encore remise en question de nos jours. Quelques-unes des premières prophéties semblent authentiques rétrospectivement ; sinon, comment expliquer leur extraordinaire prescience ?
Par exemple, le cinquième pape de la liste, Adrien IV (1154-1159) reçut la devise de rure albo "Du pays Alban". C'était en fait Nicholas Breakspear, un Anglais originaire de Saint Albans.
Alexandre IV (1254-1261), Signium Ostiense, était cardinal d'Ostie avant son élection.
Le pape ermite Célestin V (1294) reçut la devise Ex eremo celsus "Le grand homme venu du désert".
Les sceptiques voient en de telles coïncidences la preuve que les prophéties furent émises a posteriori. Les prédictions d'après 1590, qui postdatent certainement l'époque de l'auteur de la liste, présentent plus d'intérêt. Bien que de nombreux critiques perçoivent un déclin après cette période, on y trouve encore quelques phrases surprenantes de justesse.
Benoît XV (1914-1922) dont la prélature coïncida avec la Première Guerre Mondiale et l'athéisme militant de la révolution russe, avait comme devise Religio depopulata "La religion dépeuplée".
À Jean-Paul 1er, dont le bref règne papal dura à peine trente-trois jours autour du cycle de la pleine lune en 1978 correspond de mediatate lunae, "à partir de la mi-lune".
D'autres papes doivent leur slogan malachite à leurs armoiries.
Celles de Clément XIV (1769-1774) représentent un ours courant, correspondant bien à Ursus velox "L'ours rapide".

Celles de Léon XIII (1878-1903), Lumen in coelo, "Lumière dans le ciel", symbolisaient une comète, tandis que celles de Paul VI (1963-1978) – Flo floris, "Fleur des fleurs" – comportaient une fleur de lis.
Il serait trop facile d'exagérer l'exactitude de la liste en citant simplement ses adéquations les plus heureuses. D'autres devises sont un peu moins appropriées.
Jean-Paul II, le polonais qui, en 1978, devint le premier pape non italien en 450 ans, est appelé de labore solis, "Venant de l'œuvre du soleil". Bien que l'on ait tenté d'établir un lien avec sa ville natale de Cracovie, qui est aussi celle de Copernic, le premier à émettre l'hypothèse de l'orbite solaire de la terre, cette théorie semble un peu tirée par les cheveux. Peut-être une référence au très long pontificat et au souhait de Jean-Paul II de construire une nouvelle ère de la chrétienté ? Il est indéniable qu’il a œuvré avec patience pour redonner tout son éclat à cette religion dans le monde. De plus, Jean-Paul II était un pèlerin infatigable qui a œuvré inlassablement dans toutes les parties du monde.

Curieusement, la liste de saint Malachie arrive maintenant à sa fin. Seule une devise suit celle de Jean-Paul II : gloria olivae, "la gloire de l'olive". A noter que le blason de Benoît XVI ne contient pas d'olivier ! Toutefois, les branches d’olivier seraient le symbole de l’ordre de saint Benoît en référence à saint Benoît fondateur de l’ordre bénédictin. Mais, Benoît est un nom assez répandu chez les papes. Il y en a eut 13.
La séquence des termine sur une prédiction fatidique : sous la papauté d'un nouveau Pierre, l'Église subira une persécution finale, à l'issue de laquelle même Rome sera détruite et le Jugement dernier arrivera.
En résumé, Benoît XVI est-il ce Pierre le Romain ou un autre pape doit-il lui succéder ? Si l’on prend en considération la deuxième hypothèse, le dernier pape serait donc un Italien qui prendrait peut-être le nom de Pierre II. Il serait d’ailleurs assez surprenant qu’un pape prenne ce nom. En effet, depuis la fondation de la papauté, aucun élu n’a osé s’appeler Pierre.
" Au cours de la dernière persécution de la sainte Église romaine, régnera Pierre le Romain, qui nourrira les moutons au milieu de grands malheurs ; et quand ceux-ci auront passé, la ville aux sept collines sera complètement détruite et la juge terrible jugera le peuple"
(La prédiction de saint Malachie concernant le dernier pape qui doit être nommé au cours du XXIe siècle.)

vendredi 12 juin 2009

La magie des mains

Nous connaissons tous les effets du magnétisme solaire, lunaire et… humain ! Notre capital énergétique peut soigner autrui et lorsqu'un magnétiseur exerce son talent su un patient, il exécute le plus souvent des "passes" avec ses mains au-dessus de son corps, pour le détendre et faire cesser ses maux.

L'imposition des mains


L'imposition des mains est une expression qui porte une connotation souvent religieuse ou rituelle et… parfois magique. En Égypte ancienne, celle-ci était fréquemment pratiquée pour la magie. Dans la mythologie grecque, le toucher d'Asclépios guérissait. Chez les Romains, ce geste transmettait la force et la consécration. L'Ancien Testament présente l'imposition des mains comme un rituel de bénédiction, d'ordination des prêtres et de sacrificateurs. Dans le Nouveau Testament, nous trouvons Jésus imposant les mains pour bénir, soigner les malades ou transmettre une puissance de guérison.


Le geste et le rituel


Le geste est un langage muet. Il possède un impact non négligeable sur celui ou celle qui se trouve face à nous, même sans que nous en ayons conscience.


Des gestes précis si simples deviennent des procédés prodigieux lorsqu'ils sont employés en magie. La plus importante composante d'un rite concerne la gestuelle ; viennent ensuite – selon les ethnies _ la musique, les paroles ou les chants…


Ces gestes élémentaires que nous accomplissons au quotidien et qui accompagneront notre manière d'être et de vivre, s'apparentent aux rituels de magie : rite du repas, du bain, du coucher et de l'amour, entre autres, exécutés très souvent, avec répétition, dans un certain ordre pour être en harmonie avec notre propre rythme et pour nous rassurer.


Moins courantes, mais plus suggestives, quelques attitudes ont un impact extrêmement fort.


Savez-vous par exemple :

- Que tendre l'index et l'auriculaire –en conservant les autres doigts à l'intérieur de la paume – éloigne les énergies négatives puisque ce geste symbolise le croisant de lune et implore la Déesse de la compassion ?

- Qu'être debout ou agenouillé, tête baissée et bars tendus vers le ciel sollicite l'aide de Dieu ou de l'Univers ?

- Que dans cette même attitude, mais tête et paume levées vers le ciel, signifie être en attente de l'énergie du Tout-puissant ?

- Et que si des picotements vous traversent les paumes, votre requête est exaucée ?

- Que la fin d'un rituel est indiquée par le fait de croiser les poignets sur la poitrine ?


Voir aussi les mains

Voir également les ongles


La sibylle du Rhin

Au Moyen Âge, le nom d'Hildegarde de Bingen, était souvent associé à celui de Joachim de Flore dans les listes d'anciens prophètes.

Abbesse et mystique de la vallée du Rhin, Hildegarde avait eu des visions depuis l'enfance, et ses révélations lui valurent avec le temps une réputation qui s'étendit dans toute la chrétienté – trois papes, deux empereurs germaniques et de nombreux évêques et abbés lui demandèrent conseil.

Et pourtant, sa vision de l'avenir de l'Église était déprimante. Elle prévoyait une époque, où, si aucune réforme ne survenait, les peuples et les princes abandonneraient l'Église, dont la richesse légendaire diminuerait. Chaque nation se tournerait alors vers des dirigeants nationaux plutôt que vers la papauté : le Saint Empire romain lui-même se désagrégerait en ses parties constituantes.

La vision d'Hildegarde, exprimée au XIIe siècle, fut largement réalisée durant le réforme, 350 ans plus tard – une issue ironique pour une abbesse qui était elle-même complètement dévouée à l'Église catholique


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Saint Hildegarde de Bingen est représentée en bas à gauche
de cette image de l'Homme eu centre de l'Univers
dans un manuscrit du XIIe siècle.


L'apôtre du troisième âge


Le nom de Joachim de Flore évoque peu de choses de nos jours, et pourtant il eut une grande importance à son époque.

Pour le professeur Norman Cohn, auteur de La Poursuite du millénaire, le système de Joachim fut le "système prophétique ayant eu la plus grande influence en Europe jusqu'à l'apparition du marxisme" et sa prédiction du triomphe du prolétariat. Cependant, Joachim lui-même ne pourrait avoir été plus différent de Karl Marx. Né vers 1135, Joachim était un moine cistercien de l'Italie du Sud. Il fut abbé d'un monastère pendant 14 ans avant de se retirer dans la vie contemplative jusqu'à sa mort en 1202. Malgré cela, sa réputation en tant que prophète de l'évolution de l'histoire se répandit même de son vivant. Plusieurs papes vinrent le consulter, et le roi Richard 1er d'Angleterre ("Cœur de Lion"), en route pour les croisades, fit venir Joachim spécialement jusqu'en Sicile pour pouvoir le questionner.
Le type de prophéties données par Joachim ne provenait pas tant des visions que d'une étude approfondie de la Bible. Comme beaucoup de ses contemporains, il était fasciné par la numérologie, et il était persuadé que les nombres sacrés de la Bible – la Sainte Trinité, les sept sceaux de la Révélation, les douze apôtres – avaient une signification profonde. Après de nombreuses années de recherche, on lui attribua (si l'on en juge par ses écrits) au moins deux moments d'illumination, au cours desquels des choses cachées devinrent soudain claires à ses yeux.


La vision de Joachim de Flore


Joachim développa réellement une nouvelle vision de l'histoire humaine. Traditionnellement, l'Église en disait peu sur la période entre la venue et le retour du Christ sur terre, tout au moins une fois que les espoirs initiaux d'une apocalypse imminente se furent estompés (voir la prophétie de Gog et Magog). Cet intervalle était considéré essentiellement comme une période d'attente, la plupart des gens d'Église se contentaient d'y voir un mauvais moment à passer. Cependant, l'étude que Joachim fit de l'Ancien et du Nouveau Testament le convainquit que la Bible cachait une histoire de progrès spirituel. Il voyait l'époque de l'Ancien Testament du Père comme un temps de loi, d'obéissance,de hiérarchie, de peur et de servitude, finalement remplacée par l'Âge du Nouveau Testament du Fils, une ère de grâce, de foi et de soumission filiale. Sa suggestion révolutionnaire était qu'un Troisième Âge allait apparaître, pour remplacer à son tour l'âge du Fils, le nouvel âge serait l'âge du Saint-Esprit, et ferait place à l'amour, la liberté, la contemplation, la communauté et la joie.


Joachim tenait du poète ainsi que du mystique, et sa description de l'avenir débordait de lyrisme. Après la nuit étoilée de l'Ancien Testament et l'aube du Nouveau, écrivait-il, le nouvel âge se situerait en plein jour. En d'autres termes, ce serait l'été arrivant après l'hiver et le printemps des âges précédents. En tant que moine, il considérait les ordres monastiques comme l'avant-garde de l'ère à venir. Tout comme l'Ancien Testament avait eu les douze patriarches et le Nouveau les douze apôtres, de même Joachim pensait que douze personnages du monde monastique marqueraient le Troisième Âge.


Selon lui, un maître suprême ou un "nouveau chef" se distinguerait parmi eux, pour détacher l'humanité des préoccupations terrestres et la conduire vers des préoccupations spirituelles. Le Troisième Âge verrait l'apogée du plan de Dieu sur le monde – les païens seraient convertis, la connaissance de Dieu serait directement révélée au cœur de tous les hommes, et la terre entière s'unirait enfin dans la paix et la contemplation extatique du divin mystère.


Des études plus poussées convainquirent Joachim que l'époque promise était proche. Il considérait que la période de gestation préparant à son avènement avait commencé, ainsi que le mouvement monastique lui-même, avec l'œuvre de saint Benoît, le pionnier de la vie religieuse communautaire au VIe siècle. Établissant un parallèle avec les 42 générations qui, selon l'Évangile de saint Matthieu, avaient séparé Jésus d'Abraham, Joachim pensait que l'Âge du Saint-Esprit naîtrait après le passage d'une période équivalente qui, selon ses calcules, débuterait entre 1200 et 1260. Il présageait également un intervalle difficile avant son avènement, qui serait marqué par l'apparition de deux nouveaux ordres monastiques. Le premier serait purement contemplatif, tandis que le second disséminerait le message.


La vision de l'ère nouvelle donnée par Joachim éveilla une résonance chez ses contemporains, particulièrement dans les monastères. Une condition préliminaire à la venue du Troisième Âge semble se concrétiser dans les années qui ont suivi sa mort avec la création de deux ordres mendiants, les Franciscains, voués à la pauvreté et à l'initiation du Christ, et les Dominicains prêcheurs. L'influence de Joachim était en fait particulièrement puissante au sein de ces ordres, surtout auprès des franciscains pour qui l'accent sur le retrait du monde pour se vouer au spiritisme correspondait bien à la perspective de Joachim.



La nativité mystique, peint par Botticelli vers 1501, ainsi appelé à cause de son symbolisme mystérieux, combine la naissance du Christ à une vision de son retour, et représente en fait une allégorie joachimite du Troisième Âge. Les anges et les hommes sont représentés en train de célébrer la naissance divine, tandis que sept démons vaincus s'enfuient eux enfers


Des accusations d'hérésie


Joachim lui-même était toujours soucieux d'éviter la controverse, et il bénéficia du soutien du pape tout au long de sa vie. Toutefois, il ne fallut pas longtemps avant que certains de ses disciples ne se mettent à tirer des conclusions politiques radicales de ses idées. Bien que Joachim ait loyalement soutenu la papauté, d'autres considérèrent que l'Église officielle, avec ses vastes richesses matérielles, étayait l'ancien monde en déclin. Les disciples de cette opinion commencèrent à émettre des commentaires sur les écrits de Joachim et, bientôt de nouveaux ouvrages en son nom se mirent à circuler. Le plus explosif était l'Évangile éternel, qui proposait de replacer l'Ancien et le Nouveau Testament, devenus superflus, par le Troisième Âge. Dans la même veine, l'Évangile éternel prétendait que l'Église établie était elle aussi révolue, les messagers de vérité étant désormais les frères mendiants.



Joachim de Flore, gravure tirée des Vaticinia sive Prophetigae, 1589

De telles idées furent rapidement considérées comme hérétiques, et au cours du siècle suivant, de nombreux individus qui les soutenaient furent persécutés ou même tués. Plus nombreux encore furent ceux qui étaient impliqués dans des controverses lorsque le rêve joachimite se mêla à l'ancienne attente apocalyptique d'un empereur de la fin des temps, qui introduirait un âge d'or avant le retour du Christ (voir le règne de l'Antéchrist). Désormais, ces croyances étaient liées aux espérances d'un personnage nouveau, le pape angélique, qui oeuvrerait avec le dernier empereur pour faire venir l'Âge du Saint-Esprit.


Les idées joachimites se perpétuent


L'an 1260 arriva sans avènement du Troisième Âge, amis ceci ne ternit pas pour autant la popularité de Joachim. La notion d'un âge d'or, dans lequel toutes les fautes et défaillances du monde seraient balayées s'avéra simplement trop séduisante pour qu'on l'abandonne si facilement. Elle se poursuivit et vint influencer des personnages tels que le poète Dante – qui plaçait Joachim parmi les prophètes dans La Divine Comédie.


Les idées de Joachim influencèrent également les mystiques tardifs comme Brigitte de Suède. À l'âge de 41 ans et mère de huit enfants, Brigitte se tourna vers une vie de repentance et de prière. En 1350, elle alla jusqu'à Rome, où elle passa les 23 dernières années de sa vie. Là, elle eut des visions, prédisant la ruine de l"Eglise si celle-ci ne s'amendait pas. Elle essaya de paver la route pour l'arrivée du pape angélique en suppliant la papauté de retourner à Rome après son exil temporaire à Avignon, au XIVe siècle. De même, Catherine de Sienne, la future sainte patronne de l'Italie, essaya de racheter l'Église avec ses visions : elle la voyait comme l'épouse du Christ, défigurée dan des haillons crasseux qui un jour rayonnerait de nouveau dans toute sa splendeur, couverte de bijoux et couronnée de toutes les vertus.


Sans lui être toujours attribuées, les idées de Joachim ont survécu jusqu'à l'époque moderne mettant sous le charme des générations de réformateurs sociaux qui voyaient une grande ère de progrès humain apparaître, pour balayer le retard des temps révolus. Le plus étrange est que ses théories refirent surface vers la fin du XXe siècle sous couvert de l'astrologie avec les théories New Age, promettant à la manière de Joachim l'arrivée d'une ère de paix, de communion et d'amour. Aussi invraisemblable que cela paraisse, l'Âge du verseau serait né il y a plus de huit cents ans en Italie du Sud, dans les rêveries bibliques d'un abbé timide.